Donner une juste place à chaque outil

La médecine intégrative est née d’un groupe de médecins dans les années 90 qui ont souhaité ne pas suivre le mouvement médical de cette fin du vingtième siècle, conscients qu’il nous menait dans une impasse. Aux Etats-Unis, le Duke Center for Integrative Medecine, les cliniques du stress de Jon Kabat-Zin ont été les pionniers de cette approche. En Europe, on peut citer comme précurseurs le centre ressource d’Aix-en-Provence, le docteur David Servan-Schreiber, le magazine Santé intégrative, le docteur Thierry Janssen, le Bristol Health Cancer. On trouve encore aujourd’hui, d’un côté une médecine se disant scientifique, s’affirmant basée sur la preuve, faisant la promotion de protocoles et ne vénérant comme seul Dieu de la recherche que les études en double aveugle et de l’autre de multiples approches complémentaires ou alternatives ancestrales ou modernes.

 

L'être humain, un système complexe

Le médecin et les thérapeutes sont confrontés lors de chaque consultation à une personne en souffrance ou souhaitant la prévenir. Faire entrer cette personne dans une case pour qu’elle suive un parcours préalablement fixé par quelques grands aéropages de la médecine, n’a pas de sens. La démarche cartésienne qui consiste à penser qu’en divisant à l’extrême et en étudiant les plus petits détails on permet de comprendre et d’apporter une solution à une situation donnée n’est pas applicable à un système complexe comme l’être humain. Force est de constater que les médecines complémentaires n’apportent pas les solutions à tous les problèmes et qu’elles ont leurs limites. Certains ayatollahs ou gourous de ces voies alternatives en font pourtant la voie unique pour accéder au bien-être, plusieurs procédures judiciaires ont clairement démontré qu’il n’en est rien. Au milieu de ce champ de bataille des médecines conventionnelle et complémentaires, le patient y perdait et y perd souvent la tête.

 

Une nouvelle pratique
Il est donc tout à fait naturel que certains hommes en quête de sens aient fait émerger une nouvelle pratique et un nouveau concept : la médecine intégrative. Celle-ci cherche à donner une juste place à de multiples outils et courants thérapeutiques dans le respect de leurs particularités et dans la prise en considération de quelques notions fortes de la fin du vingtième-siècle :

  • Réseau – La mise en relation de la médecine conventionnelle avec les médecines complémentaires et les psychothérapies permet de créer une nouvelle force de soin au service du patient. Le réseau c’est aussi celui formé par la famille, la société, les thérapeutes dans lequel chaque individu doit avoir sa place.
  • Unicité – Les êtres humains sont différents les uns des autres, ils sont donc tous uniques. D’où l’importance des différentes méthodes thérapeutiques et de la relation thérapeutique, seule capable de reconnaître cette unicité.
  • Globalité et multidimensionalité Les différentes fonctions et organes qui composent et caractérisent le corps humain sont indissociables. Ceci s’applique donc particulièrement au corps et à l’esprit. D’où la nécessité de la prise en compte de la dimension psychologique d’une maladie et l’importance des différentes psychothérapies ou méthodes de développement personnel (relaxations, yoga, méditations, etc.). Cette globalité s’applique aussi au monde et à la société, les liens que nous entretenons avec notre environnement sont tout aussi déterminants pour l’état de santé.
  • Preuves scientifiques Les évidences scientifiques existent tant au niveau de cas individuels, parfois difficiles à reproduire, qu’au niveau des grands groupes de personnes. Il est important de diversifier les modes de validation en les adaptant à chaque thérapie. La méthodologie pour démontrer l’efficacité des médicaments est différente de celle que l’on applique pour valider des thérapies complémentaires, il n’en demeure pas moins que la validation pour sortir de la croyance est importante.
  • SystémiqueChaque être humain est un système complexe dont l’analyse passe par une approche systémique. Les méthodes remplacent les protocoles. Le pouvoir d’auto-organisation d’un système pour maintenir sa stabilité dans le temps et dans son environnement est extrêmement puissant. L’étendue de notre ignorance n’est pas un frein, mais une certitude qui n’empêche pas l’intervention. L’observateur devient un acteur. L’évaluation ne peut être dissociée de l’intervention.

La recherche de la sagesse
Tout ceci entraîne une forme de sagesse nécessaire à tout thérapeute intégratif, particulièrement le médecin, avec cette nécessité de renouer avec l’essence de la philosophie : la recherche de la sagesse.