Qu’est-ce que la médecine intégrative ?

La population, notre monde et les maladies évoluent. Aujourd'hui les maladies chroniques l'emportent sur les maladies aiguës. Elles sont la première cause de mortalité (60%) et représentent près de la moitié des consultations médicales aux USA(1). A travers les handicaps qu'elles entrainent et l'inaptitude de notre système à les prendre en charge, elles deviennent un problème socio-économique majeur. En raison de la diminution des maladies aiguës et du vieillissement de la population elles prévalent de plus en plus. Le système médical actuel est mal adapté pour soigner les affections chroniques. Les consultations sont de plus en plus courtes et les protocoles de plus en plus standardisés. Les médicaments sont le plus souvent des « anti » ou des bloqueurs de la physiologie. Alors que les maladies chroniques nécessitent de redonner une physiologie opérationnelle au corps et à l’esprit pour les remettre dans une dynamique de vie. Ceci nécessite des consultations longues, une approche multidimensionnelle et individualisée et une prise en charge du terrain avec des molécules et des soins qui sont le plus souvent des « pro » (« pour » en latin).


Il y a plus de 40 instituts universitaires de médecine intégrative en Amérique du Nord, y compris Harvard Medical School. Toutefois, ce modèle n’a pas connu la même expansion en Europe. En effet, il existe de nombreux thérapeutes de médecines complémentaires mais très peu de centres offrent une collaboration active pluridisciplinaire entre ces thérapeutes naturels et les médecins conventionnels.


Faire évoluer le modèle de soin

La médecine conventionnelle s’est développée principalement autour du traitement des affections aiguës. La chirurgie, les médicaments, la spécialisation permettent aujourd’hui une approche protocolaire, souvent efficace pour traiter ces maladies. Mais l’utilisation des médicaments au long cours démontre de plus en plus leurs limites pour les affections chroniques. Les médicaments luttent contre des réactions chimiques souvent physiologiques et n’ont aucune capacité de s’adapter à une physiologie humaine en constant mouvement. On ne peut pas non plus envisager d’opérer en permanence. Il faut donc faire évoluer notre modèle de soin sans détruire le précédent. L’analyse des données épidémiologiques montre aussi la nécessité d’une évolution de la médecine :

  • Croissance de la prévalence des patients souffrant de maladies chroniques.
  • Vieillissement de la population.
  • Un système de santé hyper spécialisé en Suisse comme ailleurs. Les patients chroniques ont besoin d’une approche holistique et multidisciplinaire que les spécialistes ne peuvent offrir.
  • La demande des thérapies complémentaires a augmenté de 120 % de 2002 à 2012.

Dans ce contexte, il est nécessaire de créer une espace de santé et des propositions thérapeutiques adaptées aux différentes maladies et à leur prévention. La médecine intégrative est un modèle médical qui propose des traitements multidisciplinaires à l’aide d’outils diagnostics et thérapeutiques multiples dans le respect des choix du patient et de ses particularités. Il s’agit donc d’intégrer la médecine scientifique conventionnelle, les médecines plus naturelles ou complémentaires et les thérapies de style de vie comme le sport, les thérapies de gestion du stress, la nutrition et le coaching de vie. Ce modèle a montré d’excellents résultats dans le traitement des patients chroniques.


Changement dans l'équilibre

La méthode intégrative repose sur l’idée que les maladies chroniques se produisent en raison d’un changement dans l’équilibre physiologique, biologique et psycho-émotionnel du patient. La prise en charge des patients nécessite des consultations médicales conventionnelles et des consultations de médecines complémentaires. Ces différentes approches permettent une évaluation des états nutritionnel, neuropsychologique, immunitaire, micronutritionnel et génétique.


Le projet thérapeutique ou préventif est ensuite réfléchi entre les thérapeutes et avec le patient. Les outils thérapeutiques seront choisis parmi les médecines conventionnelles et complémentaires. On peut donc trouver conseils nutritionnels et compléments alimentaires, psychothérapies, méditation, coaching de vie, ostéopathie/chiropraxie, yoga thérapie, musicothérapie, Qi gong, Pilates, physiothérapie/kinésithérapie, oxygénothérapie, sauna, cryothérapie, acupuncture, auriculothérapie, phytothérapie, homéopathie avec ou sans médicaments…


La médecine intégrative est née d’un groupe de médecins dans les années 90 qui ont souhaité ne pas suivre le mouvement médical de cette fin du vingtième siècle, conscients qu’il nous menait dans une impasse. Aux Etats-Unis, le Duke Center for Integrative Medecine, les cliniques du stress de Jon Kabat-Zin ont été les pionniers de cette approche. En Europe, on peut citer comme précurseurs le centre ressource d’Aix-en-Provence, le docteur David Servan-Schreiber, le magazine Santé intégrative, le docteur Thierry Janssen, le Bristol Health Cancer. On trouve encore aujourd’hui, d’un côté une médecine se disant scientifique, s’affirmant basée sur la preuve, faisant la promotion de protocoles et ne vénérant comme seul Dieu de la recherche que les études en double aveugle et de l’autre de multiples approches complémentaires ou alternatives ancestrales ou modernes.


Un système complexe comme l'être humain

Le médecin et les thérapeutes sont confrontés lors de chaque consultation à une personne en souffrance ou souhaitant la prévenir. Faire entrer cette personne dans une case pour qu’elle suive un parcours préalablement fixé par quelques grands aéropages de la médecine, n’a pas de sens. La démarche cartésienne qui consiste à penser qu’en divisant à l’extrême et en étudiant les plus petits détails on permet de comprendre et d’apporter une solution à une situation donnée n’est pas applicable à un système complexe comme l’être humain. Force est de constater que les médecines complémentaires n’apportent pas les solutions à tous les problèmes et qu’elles ont leurs limites. Certains ayatollahs ou gourous de ces voies alternatives en font pourtant la voie unique pour accéder au bien-être, plusieurs procédures judiciaires ont clairement démontré qu’il n’en est rien.


Au milieu de ce champ de bataille des médecines conventionnelle et complémentaires, le patient y perdait et y perd souvent la tête. Il est donc tout à fait naturel que certains hommes en quête de sens aient fait émerger une nouvelle pratique et un nouveau concept : la médecine intégrative. Celle-ci cherche à donner une juste place à de multiples outils et courants thérapeutiques dans le respect de leurs particularités et dans la prise en considération de quelques notions fortes de la fin du vingtième-siècle :

  • Réseau – La mise en relation de la médecine conventionnelle avec les médecines complémentaires et les psychothérapies permet de créer une nouvelle force de soin au service du patient. Le réseau c’est aussi celui formé par la famille, la société, les thérapeutes dans lequel chaque individu doit avoir sa place.
  • Unicité – Les êtres humains sont différents les uns des autres, ils sont donc tous uniques. D’où l’importance des différentes méthodes thérapeutiques et de la relation thérapeutique, seule capable de reconnaître cette unicité.
  • Globalité et multidimensionalité – Les différentes fonctions et organes qui composent et caractérisent le corps humain sont indissociables. Ceci s’applique donc particulièrement au corps et à l’esprit. D’où la nécessité de la prise en compte de la dimension psychologique d’une maladie et l’importance des différentes psychothérapies ou méthodes de développement personnel (relaxations, yoga, méditations, etc.). Cette globalité s’applique aussi au monde et à la société, les liens que nous entretenons avec notre environnement sont tout aussi déterminants pour l’état de santé.
  • Preuves scientifiques – Les évidences scientifiques existent tant au niveau de cas individuels, parfois difficiles à reproduire, qu’au niveau des grands groupes de personnes. Il est important de diversifier les modes de validation en les adaptant à chaque thérapie. La méthodologie pour démontrer l’efficacité des médicaments est différente de celle que l’on applique pour valider des thérapies complémentaires, il n’en demeure pas moins que la validation pour sortir de la croyance est importante.
  • Systémique – Chaque être humain est un système complexe dont l’analyse passe par une approche systémique. Les méthodes remplacent les protocoles. Le pouvoir d’auto-organisation d’un système pour maintenir sa stabilité dans le temps et dans son environnement est extrêmement puissant. L’étendue de notre ignorance n’est pas un frein, mais une certitude qui n’empêche pas l’intervention. L’observateur devient un acteur. L’évaluation ne peut être dissociée de l’intervention.

Tout ceci entraîne une forme de sagesse nécessaire à tout thérapeute intégratif, particulièrement le médecin, avec cette nécessité de renouer avec l’essence de la philosophie : la recherche de la sagesse.